SBK-CES-CVS Conferenza dei vescovi svizzeri | 31.07.2017

Niklaus von Flüe 2017



SBK-CES-CVS Conferenza dei vescovi svizzeri | 21.05.2017

Inauguration du pavillon suisse « Prophezey » à l’exposition universelle de la Réforme à Wittenberg


Membro CVS Membro CVS | 30.01.2017

Messaggio dei Vescovi per la Domenica del malato 5 marzo 2017


19.01.2017

Coordinamento Terra Santa 2017 – Comunicato finale


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Membro CVS Membro CVS | 28.02.2012

Messaggio episcopale per il Dies Iudaicus del 4 marzo

Chers frères et sœurs,

L’année passée, nous avons vécu pour la première fois le Dies Iudaicus. La Conférence des évêques suisses l’a introduit pour éveiller la conscience des racines juives du christianisme et donner ainsi une nouvelle impulsion au dialogue avec le judaïsme. En 2012 aussi, cette journée de commémoration a lieu le deuxième dimanche de Carême, ce qui signifie non seulement que nous sommes très liés au peuple de l’Ancienne Alliance, mais que nos rapports avec le judaïsme constituent un élément essentiel de notre propre identité chrétienne.

"La racine te porte" (Rm 11,18)

Dans la lettre aux Romains, Saint Paul utilise une image éloquente. Les branches d’un olivier sauvage se trouvent greffées sur un olivier franc pour pouvoir puiser la force des racines. Paul exhorte les chrétiens à ne pas "faire le fier aux dépens des autres branches. Tu peux bien faire le fier! Ce n'est pas toi qui portes la racine, mais c'est la racine qui te porte" (Rm 11,18). Sans un regard et une référence aux racines du judaïsme, le christianisme demeure privé d’histoire et sans visage, en courant le danger de ne pas vraiment cueillir son identité. Jésus était juif, né juif croyant et mort en tant que tel. Il vécut pleinement dans la tradition religieuse de son temps, pria les Psaumes, fréquenta le Temple, observa des prescriptions religieuses courantes. Ses premiers disciples provenaient du même milieu culturel et vécurent dans la même tradition religieuse. L’Église de Jésus-Christ plonge donc ses racines dans le judaïsme, s’appuie sur cette base qui en est véritablement la racine. Aussi bien le christianisme que le judaïsme rabbinique doit son existence au terrain offert par le judaïsme des temps de Jésus. Les deux peuvent être considérés comme des frères à plein titre, tout en vivant séparés au cours de l’histoire. Pour nous chrétiens, l’histoire d’Israël et de son Dieu débouche dans l’avènement de Jésus-Christ se prolongeant historiquement dans l’Église qu’Il a fondée. L'Ancienne Alliance, stipulée par Dieu avec Israël et toujours valable, obtient dans la Nouvelle Alliance en Jésus-Christ une orientation universelle. Saint Augustin le dit de façon fort heureuse: "La Nouvelle Alliance est cachée dans l’Ancienne, l’Ancienne dévoilée dans la Nouvelle" [1].

"Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre" (Gn 22,18)

Avec l’avènement du Christ s’ouvre, pour nous chrétiens, l’horizon du salut, affranchi de toute tendance aux particularismes et tourné vers les extrémités de la terre. Cela vaut indistinctement pour tous les peuples. Il est vrai que déjà l’Ancien Testament connaît une orientation universelle, mais partant d'un autre constat fondamental: à travers le judaïsme, tous les peuples de la terre invoqueront et vénéreront le vrai Dieu d'Israël [2]. Dans la première lecture du deuxième dimanche de l’Avent, on se réfère à Abraham en disant: "Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre" (Gn 22,18). Abraham est destiné à être bénédiction, "en toi seront bénies toutes les familles de la terre" (Gn 2,3). Dans ce passage de l'Ecriture, Abraham est sollicité par Dieu à offrir son unique fils bien-aimé, Isaac, à sacrifier le messager de la promesse grâce auquel doivent se réaliser les biens de la promesse, "peuples et nations". Dieu soumet Abraham à une grande épreuve, mais ce dernier sait que chaque don provient de Dieu, sans pour autant pouvoir revendiquer les promesses de Dieu. C'est pourquoi il adhère inconditionnellement et en esprit d'obéissance à la seule Parole qui est arrivée concrètement jusqu’à lui. Abraham vainc l’épreuve. Le messager de la promesse n’est pas sacrifié. De cette façon, Abraham devient père de la foi parce que, dans l’obéissance, il a davantage cru en Dieu qu’en tout calcul ou considération humaine.  

"Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le" (Mc 9,7)

En Isaac, messager de la promesse, plusieurs Pères de l’Église ont vu d’une certaine manière une image anticipant le Christ. Tandis que le fils d’Abraham fut lié au bûcher et que le sacrifice de sa vie ne fut pas demandé, Jésus-Christ se laissa attacher et clouer à la Croix, pour nous libérer, en s’offrant Lui-même, du péché et de la mort. Ainsi le Christ ne fut pas seulement un héraut de la promesse, mais la promesse même de Dieu devenue chair. Il est la Parole de Vie. Comme chrétiens, nous nous attachons à cette Parole et nous sommes invités à l’écouter. L’Évangile du deuxième dimanche de Carême raconte comment Jésus est transfiguré sur une haute montagne aux yeux des disciples et comment une voix prononce depuis la nuée: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le" (Mc 9,7). Écouter Jésus, le suivre, croire en Lui et Lui faire confiance fait partie du propre noyau de l’existence chrétienne. Écouter, suivre, croire, le faire en relation avec la Parole de Dieu, cela vaut aussi pour le judaïsme de tous les temps. Pour les Juifs croyants, le Dieu d’Israël s’est manifesté dans la Torah. Il faut l’écouter, en suivre les prescriptions, lui faire confiance. Nous chrétiens, nous partons du présupposé d’une Torah qui a pris vie, de la Parole de Dieu qui s’est faite Homme, et cela non seulement nous met dans un rapport juste avec Dieu, mais nous donne la vie en abondance (cf. Jn 10,10).

Les juifs et les chrétiens sont et demeurent toujours des frères. Ils dépendent indissociablement les uns des autres, même s’il n’y a pas que des points en commun, mais aussi des divergences. Surtout la figure de Jésus est comprise très différemment selon qu'on soit juif ou chrétien. Mais en levant le regard au Père de Jésus-Christ, le Dieu d’Israël, aussi bien les juifs que les chrétiens peuvent – de manière différente – saisir Dieu et essayer ensemble d’être une bénédiction pour l’humanité, dans la mesure où ils témoignent l’Amour de Dieu dans le concret quotidien. Dans ce sens, le Dies Iudaicus est censé contribuer à l'approfondissement de l’amitié entre juifs et chrétiens et à favoriser le dialogue commun dans la joie et avec entrain.

+ Felix Gmür
Évêque de Bâle

[1] Cf. Augustin, Quaest. In Hept. 2,73 (PL 34,623).

[2] Cf. par ex. Is 2,1-5; Za 14,12-19.